Alors ça y est la France a été dégradée et ne fait plus partie des pays AAA. On peut disserter des heures sur le timing de cette dégradation mais il est clair que cette dégradation est méritée. On peut aussi disserter sur le pourquoi de ce dérapage et le nom des responsables. Dérapage de plusieurs décennies, mauvais ajustement aux réalités économiques, sociales et financières depuis une vingtaine d’années. Les 4 pays européens qui restent AAA (Allemagne, Pays-Bas, Finlande et Luxembourg) nous montrent qu’il existait d’autres voies que celle du glissement. Mais aussi quinquennat gaspillé puisque on ne peut pas dire que nous n’avions pas parlé de la dette et des déficits publics en 2007. Incompréhension fatale du pouvoir actuel. Et puis quel gâchis au regard d’une énergie et d’une audace sarkozyennes qui auraient pu trouver là un champ d’application beaucoup plus utile et digne des ambitions sans doute légitime d’un jeune Président. D’autant plus regrettable que l’électeur que je suis se rappelle que l’on nous avait promis un vrai plan de redressement des finances publiques, en pointant du doigt le Canada et les pays scandinaves comme exemples de redressements réussis. Il faudra donc que ce soit l’objet du prochain quinquennat, objet qui doit réunir l’ensemble du pays, dans un effort commun et partagé. A vrai dire moment politique privilégié car heure de vérité assumée, collectivement et pour le bien collectif. Ne ratons pas ce rendez-vous de la Nation toute entière.
Ce sont en tout sept pays européens qui ont été dégradés par S&P hier, erreur à répétition donc, mais aussi nouvel aveu de la pertinence des critères de Maastricht et nouvel acte d’accusation envers cette Europe veule et irresponsable qui n’a pas su faire appliquer Maastricht. Ce au moment où l’on apprend que le projet de traité intergouvernemental, initié par l’accord du 9 décembre et dont l’objet est le renforcement du contrôle européen sur les finances nationales, s’effiloche de jour en jour sous les coups de butoirs des égos nationaux. Résultat d’une négociation largement intergouvernementale et qui donc n’a qu’un but, faire en sorte que ce document ne gêne pas le champ des coûteuses et désastreuses démagogies nationales. Nous n’avons donc pas encore suffisamment appris de nos erreurs. Espérons que ce coup de semonce de S&P contre la mauvaise gestion des États soit aussi entendu dans ce contexte.
Au même moment les investisseurs privés on claqué la porte des négociations de la restructuration de la dette grecque. Voilà plus d’un an que l’on ballade les investisseurs privés invités à assumer ‘’de leur propre initiative’’ les erreurs des États et les carences de la gouvernance européenne. Les États changent leurs exigences tous les quatre matins sans chercher à appliquer aucun accord, et les investisseurs privés ont donc bien raison de siffler la fin de la récréation.
J’ai pour ma part parfaitement entendu la proposition du Gouverneur de la Banque Centrale chypriote, faite le 9 janvier dernier dans le Financial Times, de purement et simplement annuler le Private Sector Involvement et travailler sur une restructuration de la dette grecque sous leadership européen et sans perte pour les investisseurs. Ceci rétablirait immédiatement la confiance sur le marché de la dette et cela n’interdirait pas de prévoir sur la durée des effacements de dettes, qui viendraient en récompense d’ajustements structurels réussis.
Cela me rappelle bigrement ce que j’avais écrit sur ce blog le 25 novembre dernier et que je vous invite à lire ou relire : Crise européenne, analyse d’un Indigné européen. Je persiste donc et signe.
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