J'ai lu avec attention ce qui concernait l'Europe dans les 60 engagements de François Hollande. Le terme Europe ou européen(ne) revient 11 fois dans ce document de 23 pages, et 3 des 60 engagements sont consacrés à l'Europe.
A vrai dire, pas terrible. Aurait dû mieux faire. J'attendais mieux de quelqu'un souhaitant succéder à un François Miterrand qui, lui, a été un grand européen, et qui a même eu la lucidité de craindre que ses successeurs ne détricotent ce qu'il avait fait sur l'Europe. Aucune substance notable en la demeure de la part du candidat socialiste. Rien de transcendant, gentils flonflons, mais à mon sens beaucoup trop timides vu l'urgence d'une véritable reconstruction européenne. Il s'agit non seulement de mettre enfin un terme à la crise actuelle, mais aussi d'adresser sérieusement les problèmes de fond de l'Europe. Et si je conçois bien qu'il soit difficile pour le Président sortant d'analyser objectivement la lourde responsabilité de la politique européenne de la France depuis le Traité de Nice, on serait en droit d'attendre beaucoup plus de mordant et des propositions beaucoup plus constructives de la part d'un opposant au pouvoir en place.
J'ai déjà souligné les grandes réussites de l'Europe (voir la première parti de mon billet ''Crise européenne, analyse d'un Indigné européen''), mais dans cette campagne il faut avoir le courage de faire le triste constat de l'échec de l'organisation politique de l'Europe actuelle, et de son entière responsabilité dans la crise. Sans constat d'échec et sans analyse des erreurs, pas de progrès solide possible. Et pas de reconciliation possible entre la France du Oui et la France du Non. Or cette reconciliation est à mon sens possible, et plus que nécessaire, sur un nouveau projet, concret et sérieux, en oubliant les mots creux des uns et des autres. Le fédéraliste convaincu que je suis reconnaît très volontiers que le souverainetiste intelligent qu'est Chevenement a raison sur un point fondamental : l'Europe a désarmé les États sans les remplacer. C'est vrai et cela nous a, en partie, conduit à la catastrophe que nous connaissons actuellement. Le reconnaître est donc essentiel, non seulement pour trouver la solution à nos problèmes croissants, mais aussi pour reconstruire, et les États et l'Europe.
Ce nécessaire constat d' échec et de discrédit de l'Europe doit porter sur :
- l'incroyable et coupable non respect des accords de Maastricht (critères de bonne gestion des finances publiques), accords qui en France ont été pourtant ratifiés par un référendum, et ce après une campagne difficile. On a trompé le peuple en s'époumonnant pour le convaincre de la justesse d'une rigueur financière que l'on n'a pas appliquée et qui aurait pu pourtant nous éviter l'essentiel de la crise actuelle. Honte à cette Europe-là, et responsabilité évidente qu'il faut d'autant plus souligner qu'elle est aujourd'hui incroyablement passée sous silence.
- fiasco de l'agenda de Lisbonne qui aurait dû faire de l'Europe, sur la première décennie du nouveau siècle, l'économie de la connaissance la plus performante au monde. Fiasco qui sonne comme une insulte particulièrement cinglante aux oreilles de si nombreuses populations européennes aujourd'hui appauvries ou condamnées au chômage en raison de la non-compétitivité de leurs économies nationales . On rajoutera à ce fiasco la triste plaisanterie actuelle de l'agenda 2020. Cela ne nous sert à absolument en rien de clamer doctement qu'il faut une politique de croissance et de compétitivité en Europe si c'est pour retomber dans les mêmes travers de l'agenda de Lisbonne ou de l'agenda 2020. On se discrédite et on prend les électeurs pour des imbéciles, ce n'est pas exactement le bon moment pour cela. Ils vont finir par tout casser et ils n'auront pas tord...
- Échec et discrédit de l'Europe sur la gestion de la crise depuis 2008, ce que je n'ai cessé de dénoncer sur ce blog. En une phrase, nous avons eu droit à des tentatives de vagues coordinations de réactions nationales au lieu d'utiliser la puissance du levier européen. Et on en est toujours là.
Cet aveu d'échec établi il faut en comprendre les raisons et les dénoncer, pour sortir enfin de la spirale de l'échec. Il y a fondamentalement deux raisons aux trois échecs mentionnés ci-dessus:
- l'abandon de la méthode de Monnet, c'est à dire l'abandon de la primauté de la recherche de l'intérêt général et le retour des égoismes nationaux, pour caricaturer, la fin de l'esprit du Traité de Rome de 1957 et le retour à l'esprit ... du Traité de Vienne de 1815. Cela s'est traduit par l'affaiblissement de la gouvernance communautaire, le triomphe d'une gouvernance intergouvernementale, tout à fait inefficace et paralysante. Des États fort peu intéressés à la mise en place d'institutions fortes capables de réellement contrôler l'application des traités. La nomination puis la reconduction d'un Président de la Commission faible et entièrement acquis au concept de l'Europe intergouvernementale, en parfaite contradiction avec l'objet de sa mission.
- l'absence de réelle démocratie européenne, véritable cancer européen puisque cela induit trois faiblesses majeures, l'illégitimité de l'Europe actuelle, son irresponsabilité et l'absence de corrections salutaires.
Considérant le rôle absolument fondamental que joue, et que doit jouer, la France dans la construction européenne, considérant aussi les causes bien plus politiques que financières de la crise européenne actuelle, j'espère de tout coeur que surgira de cette campagne présidentielle un candidat qui aura l'honnêteté intellectuelle et le courage de :
- reconnaître la nécessité de reconstruire l'Europe de fond en comble,
- pointer très clairement les lourdes responsabilités de l'Europe dans la crise actuelle (non application de Maastricht, fiasco de la stratégie de Lisbonne, absence de réaction vraiment européenne à la crise), et qui n'hésitera pas à condamner une Europe qui ne cesse de faire semblant, et qui se faisant ne cesse de se discréditer.
- s'insurger contre une Europe paralysée par les égoismes nationaux et les ego gouvernementaux, alors que la recherche de l'intérêt général nous ferait sortir immédiatement de la crise et nous redonnerait un cap extrêmement positif,
- retrouver la vigueur d'un Pericles, ou la foi d'un Thucydite, pour nous rappeller qu'il ne peut y avoir d'Europe que démocratique, et que ''Notre Constitution... est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d'une minorité, mais du plus grand nombre'', et que donc il est grand temps de mettre fin au pouvoir de ce Conseil de Grands Princes Électeurs, ou de cette diarchie franco-allemande, qui semble de plus en plus dissimuler que le pouvoir du veto de l'État le plus puissant d'Europe. Une Europe non démocratique est une Europe illégitime, ne nous étonnons donc pas que nos concitoyens la rejettent. Non à cette Europe imposée par le haut. Cessons de faire croire que les électeurs n'ont pas compris le caractère absolument stratégique de la construction européenne. Cessons de les faire haïr une Europe coupable de sa non existence, coupable de son inconséquence, coupable de son irresponsabilité, coupable de son enfermement administratif. La démocratie est à la fois source de légitimité et source d'efficacité, la démocratie corrige, la démocratie sanctionne. Il faut donner cette légitimité et cette arme à l'Europe.
Et comme l'attention des électeurs est sollicitée par milles messages et milles distractions, et que l'Europe ne peut pas être le seul thème de campagne, il faudra sans doute ramasser tout ce qui précède autour de quelques idées fortes.
Intérêt général, Gouvernance et Démocratie.
Au nom du Tiers État européen, et parce que l'Europe, elle aussi, mérite l' État d'Urgence.
Je suis d'accord avec vous : pas assez parlé d'Europe, et trop de comparaisons avec l'Allemagne, comme si nous n'étions que concurrents. Il est temps de pousser la solution fédérale, non pas contraints et forcés pour la crise, mais pensé et choisi.
http://petitprogramme2012.blogspot.com/2011/01/vive-leurope.html
Soyons imaginatifs! soyons innovants!
http://petitprogramme2012.blogspot.com/2011/02/petites-idees-politiques-pour-leurope.html
Posted by: Alphée | 02/04/2012 at 04:32 PM