J'ai prêté une oreille attentive aux voeux dont les uns et les autres nous ont abreuvés en ce début d'année sans bien entendre ce que j'aurais souhaité trouver au début d'une année qui va être cruciale. J'ai entendu l'annonce d'orages à venir et la médiocre démagogie court termiste pour flatter les électeurs de fin avril, mais je ne n'ai pas entendu les voeux qui auraient pu mobiliser l'énergie dont nous avons pourtant besoin pour traverser l'orage et finalement gagner tous ensemble.
Ces voeux auraient pu commencer par souligner que l'année 2011 a marqué la fin d'une époque où la dette pouvait encore masquer de façon trompeuse notre manque de dynamisme économique. Nous avons acheté la paix sociale et l'illusion de la croissance à crédit. Aujourd'hui nous savons que nous ne pouvons pas vivre infiniment au dessus de nos moyens et qu'il n'y a sans doute pas d'autre issue que de regarder la vérité en face, et donc de nous ajuster aux nouvelles réalités. Somme toute un sain rappel sur le caractère sacré de l'argent public qu'il ne faut pas gaspiller et sur la valeur inestimable de l'activité économique qu'il faut sans cesse encourager.
Mais ce constat ne suffira assurément pas à nous conduire sur l'autre rive, il nous faut retrouver le coeur de nos valeurs européennes, si nous voulons traverser l'orage sans trop de dégâts. Alors rappelons-nous qui nous sommes. 2000 de civilisation européenne nous ont fait mettre l'homme au coeur de nos préoccupations, et bien montrons que tous nos beaux discours ne sont pas de vaines paroles et remettons-le au coeur du sujet. Je m'étonne que des politiques de tout bord, pris par la force de la tempête et emportés par leur incompréhension de la crise, acceptent de sacrifier les peuples ainsi dans l'urgence. Tout cela finira mal, ne nous rejetons pas dans les années trente et ne multiplions pas les Hongries en Europe. Il est grand temps de revenir à notre culture politique première, ou tout simplement au bon sens, et mieux partager le fardeau des crises, et nous rassembler tous ensemble. Rien dans la crise actuelle nous oblige à ce condensé d' hyper rigueur, inutile et destructeur. On se trompe si l'on croit que "les marchés" exigent cette correction fatale, on se ment si on pense qu'elle est soutenable, et si elle ne l'est pas, alors elle est tout simplement terriblement inutile. Mais il est vrai aussi qu'il est tellement plus facile de faire semblant pendant quelque mois plutôt que de mettre en place un plan progressif de 5, voire 7 ans qui ferait rentrer tous nos États dans le moule de la sagesse financière de Maastricht. Attention l'effort ne pourra pas être longtemps consenti s'il n'est ni pertinent ni juste.
De même nous ne sortirons pas de cette crise sans revenir au coeur des valeurs de la construction européenne, à la primauté de l'intérêt général sur les intérêts particuliers, au levier formidable que représente l'Europe pour autant que l'on veuille bien l'utiliser. Il n'y aura pas de sortie de crise sans refinancement des pays les plus endettés par une Europe qui jouera enfin son rôle.
Et cela encore ne suffira pas. Il n'y aura pas de sortie définitive de crise et d'avenir réellement assuré pour nos enfants, sans une relance de l'économie européenne sur des projets qui feront de l'Europe un des moteurs scientifiques, culturels, économiques et financiers du XXIeme siècle. Il faut épouser ce siècle sans retenue et refaire une stratégie de Lisbonne conséquente et sérieuse. Nous en avons les moyens, ayons la raison d'en avoir la volonté.
Avant que les Eurosceptiques ne prennent les commandes de l'Europe il y a dix ans de cela, nous étions en train de bâtir un des outils les plus importants pour bâtir l'avenir de la planète, un modèle de coopération entre états si fort qu'il incluait une délégation de souveraineté à des institutions nouvelles en charge de la défense de l'intérêt commun. La construction était loin d'être parfaite, un peu trop théorique, affreusement non démocratique, mais il est grand temps de revenir à cette démarche, en corrigeant ses travers, et de tourner la page de l'effroyable échec de l'Europe intergouvernementale.
Bref je vous souhaite a tous de trouver cette année la foi et la détermination pour mieux partager ensemble l'effort et le rêve de refaire de l'Europe un projet de civilisation digne de notre histoire et digne des enjeux d'un XXI ème siècle qui ne cesse de commencer. C'est seulement si nous revenons à ce projet collectif, et si nous savons défendre nos valeurs communes européennes, que 2012 sera pour finir un succès.
Bonnes années à tous.
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