Avant de quitter la Russie, j'étais allé voir un bon ami russe pour lui dire au revoir. C'était mi-septembre et quelque chose de bizarre se passait dans le pays.
Je quittai ce petit déjeuné attristé, il était évident que l'actualité de ce début septembre montrait que ma thèse du troisième homme battait de l'aile, alors qu'elle restait parfaitement pertinente. J'étais triste pour ce pays que j'aimais et qui méritait mieux. Un changement évident et raisonnable s'imposait, et était bêtement refusé. Ce n'était pas bon pour la Russie. Et quelle ineptie, quel gachis après 30ans d'efforts pour sortir le pays de l'ornière du communisme.
Environ deux semaines plus tard, j'avais déjà quitté la Russie, et j'apprenais que Koudrine s'était violemment opposé à la cuisine interne qui faisait de Poutine le candidat officiel. Le choc avait été si frontal que Medvedev avait demandé à son Vice-Premier Ministre, le gardien rigoureux et intransigeant des finances publiques russes, de démissionner. Koudrine était ulcéré de constater que le choix du futur Président russe incombait à un cercle tellement restreint que même les Vice-Premier Ministres n'y étaient pas associés. Était-ce bien cela la route que devait suivre un pays voulant épouser le XXIème siècle?
Le 24 décembre en cherchant sur le net des informations sur ma chère Russie révoltée, je suis tombé sur un article de Koudrine publié dans le Kommersant, un grand journal russe. Un Koudrine défendant avec conviction l'établissement dans la sphère politique des mêmes règles de concurrence pour lesquelles il s'est toujours battu dans la sphère économique, des règles devant être transparentes et respectées par tous.
Ce même 24 décembre, Koudrine, le grand commis de l'État, est allé manifester avec des dizaines de milliers de moscovites dans la rue et dans le froid. Il est allé jusqu'à exiger l'annulation du résultat des élections législatives et a menacer le pouvoir d'une révolution. A vrai dire il s'est fait siffler car beaucoup l'associent encore au pouvoir en place. Il reste pour moi l'homme de la troisième voie possible, chemin vers une démocratie pacifique et raisonnable, vers une économie plus dynamique car moins soumise à l'arbitraire destructeur et horriblement cher des mafias d'État, soyons fou mais ne le crions pas trop fort tellement le concept est étranger à la Russie, une marche historique pour une Russie qui n'a jamais oser associer politique et moralité. Cerise sur le gâteau, une nouvelle étape sans forcément renier le chemin parcouru jusque là.
Merci peuple russe pour ce message de civisme et démocratie, message d'autant plus fort qu'il est résolument pacifique, et souhaitons qu'il sache le rester, afin d'être plus efficace et mieux compris.
Russie je te souhaite une très bonne année 2012, que cette année soit pour toi celle du tournant démocratique!
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