Ensuite étonnons-nous de la virulence soudaine de l'intergouvernementalisme du Président de la République en France. Face au refus britannique (mais a-t-on réellement bien demandé à la Grande-Bretagne de se prononcer sur une Coopération Renforcée?), il n'y avait effectivement pas d'autre solution que de signer un accord entre États, cela est entendu et raisonnable, mais de là à vanter l'intergouvernementalisme comme le fait depuis le pouvoir français, en opposition affirmée et revendiquée contre toute approche communautaire, il est un pas fort dangereux et fort peu pertinent, qui a été franchi. On a comme l'impression que le sujet devient moins l'Europe que la préparation des prochaines échéances électorales françaises, où le Président de la République a, semble-t-il, décidé de ne pas laisser le Front National ramasser seul tous les suffrages de la France du Non à la Constitution Européenne. C'est un calcul politique, je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment payant pour les échéances d'avril, mais ce dont je suis certain c'est qu'il est fort dommageable pour la résolution de la crise actuelle.
Et puis crispations accentuées, émotionnelles, surprenantes, tant de la part du Chancelier britannique que du Président de la Banque Centrale française, étrangement soutenu par le Premier Ministre puis par le Ministre des Finances français, chacun campé sur une rive de la Manche et désignant l'autre comme représentant l'économie la plus fragile, la plus susceptible de mériter cette dégradation, cette humiliation tant redoutée et sans doute à venir des agences de notation. Triste conclusion à l'intergouvedrnementalisme. Quand l'intérêt général est oublié, à ce point piétiné, il ne reste que les égoïsmes mis à nu, simplistes et vengeurs, et d'autant plus virulents et dangereux qu'ils se sentent menacés. C'est dans les crises que l'on reconnaît les vrais leaders...
Toutes ces passes d'armes plus que regrettables ont finalement un grand mérite, elles ont enfin ouvert un vrai débat en France. Il était temps. Même les politiques semblent enfin décidés à faire bouger les lignes. J'ai beaucoup apprécié la réaction de François Bayrou sur le site du Modem après le discours du Président de la République à Toulon. Un François Bayrou qui attaque vivement la conception intergouvernementale du Président de la République pour défendre les fondements communautaires de la construction européenne. Même combat chez Marielle de Sarnez, ou bien sûr chez Sylvie Goulard, mais là on y était plus habitué. François Bayrou a longtemps campé sur un ''retirons tout d'abord la poutre qui est dans notre oeil avant de s'occuper de celle de notre voisin'', certes pertinent mais très insuffisant pour proposer une perspective européenne aux Français. Ça bouge donc du côté d'un parti qui revendique l'héritage de Robert Schumann. Bravo. Même développement du candidat socialiste qui vient de publier dans Le Monde un article pour défendre une autre conception de l'Europe. Là-aussi bravo.
Il semblerait en fait que l'on s'oriente vers un choix réel proposé aux Français au moment des Présidentielles. Poursuivre l'Europe des États actuelle ou oser une page plus fédérale. Reste que les partisans d'une Europe fédérale ont intérêt à sacrément structurer leur discours et peaufiner leur communication tant il est vrai que les Français sont plus que remontés contre cette Europe incompréhensible, bruyante et incompétente, incapable donc inutile. Par contre il est aussi clair que l'on ne pouvait pas rêver meilleure démonstration de l'échec de l'Europe intergouvernementale.
Autre nouvelle importante cette semaine, en Allemagne la coalition de la Chancelière batterait de l'aile après la démission du Président du FDP. Ce n'est pas un détail. Pour sortir de la crise il faut que la France et l'Allemagne soient toutes les deux conduites par des femmes et des hommes politiques partageant la même conception plus communautaire, voire plus fédérale, de l'Europe. Et là on se prendrait à rêver, l' Allemagne pourrait ne pas avoir besoin d'attendre la fin de la législature pour changer la coalition au pouvoir, ou tout du moins pour continuer à infléchir sa politique européenne. Imaginons un instant que Madame Merkel puisse nous répéter son discours de Leipzig et proposer, non plus cette fois à des militants convaincus de la CDU, mais à Bruxelles au Conseil et au Parlement Européen de travailler à un nouveau traité qui permettrait de voir le Président de la Commission élu au suffrage universel direct.
Alors oui l'Europe pourrait très rapidement sortir de la crise des dettes souveraines, car l'Europe existerait enfin de nouveau, et le levier européen ferait de la question des dettes souveraines, certes un vrai sujet à traiter sérieusement, mais somme toute quelque chose de parfaitement gérable, et en aucun cas le problème clé de l'économie mondiale, ce qu'il est devenu à force de ne pas être traité.
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