Cela ne vous aura pas échappé je suis un partisan enthousiaste du modèle allemand, modèle économique, social et même politique. Bigre. Je suis également heureux que l'Allemagne soit en quelque sorte le garde fou de l'Europe et Dieu sait si malheureusement nous en avons besoin. Aujourd'hui l'Allemagne réfléchit dans son coin aux règles qu'il serait nécessaire d'introduire au royaume des cigales pour que dame fourmi accepte de jouer le rôle de créancier de dernier recours. La réflexion est tout à fait bienvenue, le pas en avant pour l'Europe pourrait bien être un pas de géant, mais la méthode utilisée est-elle bien la bonne? J'avoue en douter un peu.
Je fais confiance à l'Allemagne pour sortir de son chapeau quelque chose d'ambitieux, d'efficace et de démocratique. Quelque chose qui risque bien de me faire applaudir des deux mains sur le projet. Mais je crains que mes applaudissements à venir, même s'ils étaient justifiés, risquent d'être couverts par la huée des démagogues qui vont de toute part nous inviter à vomir sur le diktat de l'Europe allemande.
L'Allemagne prend de fait un risque très important en faisant de sa réflexion un projet purement allemand. Qu'elle se réserve un temps de réflexion, parfait, qu'elle annonce à l'avance la présentation de son plan en novembre, c'est courir un risque dont l'Europe n'a pas besoin. D'autant plus que l'Allemagne a déjà annoncé la couleur, il faudra modifier Lisbonne. C'est donc du lourd, fini les plaisanteries. Une raison de plus pour faire naître une telle réforme d'une réflexion commune, même si celle-ci s'avérait être fortement influencée par un quasi leadership allemand.
Nous avons déjà eu il y a 2-3 semaines de cela le projet concocté par la Commission. A vrai dire cela n'était déjà pas si mal même si on pouvait se demander pourquoi il aura fallu si longtemps pour accoucher d'un bon sens relativement timide. Si timide qu'il n'a soulevé aucun commentaire.
Renforcement du contrôle de la convergence vers Maastricht, lente évolution vers une plus grande coordination des politiques budgétaires et sanctions contre les mauvais élèves. La seule originalité, mais je la salue bien volontiers, consiste à également sanctionner les États s'écartant des indicateurs de compétitivité. Voilà qui suffit pour me faire roucouler de plaisir. La veulerie de la stratégie de Lisbonne enfin clouée au pilori. Pas mal. Même si tout cela est effectivement bien insuffisant. Il n'est qu'à se rappeler les beaux engagements du traité de Maastricht, pourtant introduits en grandes pompes, pour se montrer très méfiant vis à vis des belles intentions et des autres promesses faites la main sur le cœur.
On attend la recette magique de notre souris grise, alias Hermann van Rampuy pour novembre. Gageons qu'il n'y aura guère de différences. L'Allemagne, attendue pour mi-novembre, risque d'être plus exigeante et donc beaucoup plus révolutionnaire. Mais à quoi bon cette compétition publique des projets entre institutions et États-Membres? Est-ce bien la bonne approche pour arriver à déboucher sur un projet commun? Le Conseil avait demandé à son Président de réunir un groupe de travail et de présenter d'ici la fin de l'année un projet. Notre souris grise est-elle si discréditée que personne n'a cure de cette mission pourtant fondamentale et que chacun y aille de son plan? J'aurais pensé que le Président du Conseil aurait constitué un groupe de travail suffisant large pour représenter les principaux points de vue et suffisant sérieux pour que chacun soit convaincu de la réalité des avancées attendues. Étrange. À suivre sans doute, mais drôle de gouvernance en vérité. J'aurai préféré une Allemagne forte sur ses positions et influant le débat au sein du Conseil autour du futur projet Van Rampuy, qu'elle aurait même pu d'ailleurs largement influer avant qu'il ne soit publié, plutôt que planter bruyamment son drapeau sur un projet ex-cathedra qui risque de rameuter toutes les cigales européenne dans une belle union antiallemande. Il n'est qu'à se rappeler la crise de l'Euro et les commentaires peu amènes de certains politiques et certains analystes pour se convaincre du peu de pertinence de l'approche. Un tantinet malsain. Vous imaginez un référendum contre l’Europe allemande. 98% de Non! À suivre donc.
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